Dans le domaine du recrutement, quelle est la place de la graphologie aujourd'hui?
Depuis quelques années, les méthodes d'aide au recrutement se sont développées (outplacement, bilans de compétences...). Parallèlement, les processus de recrutement se sont allongés et complexifiés. Même si la graphologie est moins "tendance" depuis 10 ou 15 ans, les entreprises et les spécialistes du recrutement continuent d'y avoir recours, au sein d'un panel d'outils plus élargi. Dans ce contexte, la graphologie elle-même a changé: certains graphologues ont élargi leur domaine de compétence vers la psychologie ou le coaching et répondu, ainsi, à cette demande de compétences diversifiées.
Pourquoi les recruteurs font-ils appel à la graphologie?
Les recruteurs souhaitant être confirmés de l'impression que leur fait un candidat font appel à un graphologue qui les aidera à nuancer et à compléter leurs informations. La graphologie reste utile, notamment, pour comprendre le fonctionnement en profondeur d'une personne, afin d'anticiper ses comportements. Prenons le cas d'un candidat que la timidité dessert: son analyse graphologique pourra le valoriser en mettant en relief des potentialités peu visibles à première vue par rapport au profil recherché. On pourrait, en fait, comparer une analyse graphologique à la "photo psychologique" d'un individu - avec ses zones claires et sombres - afin de le comprendre en finesse. Ce qui peut aider le recruteur dans ses choix. Mais attention, la graphologie, comme tout ce qui touche à l'humain, n'est pas une science exacte. Son apprentissage exigeant, passionnant, devrait s'accompagner d'un travail sur soi et requiert modestie et éthique forte. Tout graphologue de qualité connaît ses limites et n'est pas dans "le pouvoir " que l'on prête à ses compétences. Aussi suis-je d'une grande vigilance lorsqu'il m'arrive de remettre au recruteur des comptes rendus: chaque mot est pesé, je me mets dans "la peau" du candidat qui peut avoir accès à son dossier et je m'interdis d'être ressentie intrusive. Ne l'oublions pas: on peut tuer quelqu'un ou le ressusciter avec les mots!
En tant que candidat, que peut m'apporter la graphologie?
J'ai enseigné la graphologie et aussi accompagné des personnes en situation de changement professionnel et personnel, ou en recherche d'emploi. Ces personnes cherchent souvent à retrouver confiance en elles mêmes, à être "restaurées" dans leur valeur propre. La graphologie, à ce niveau, me parait un outil précieux. Elle permet aussi de prendre conscience de nos moindres forces comme tremplin d'évolution; nos défauts ne sont-ils pas, en fait, des qualités mal exploitées? La graphologie, en aidant un candidat à mieux cerner ses motivations profondes, ses points forts et ses axes d'amélioration, l'aide ainsi à se positionner d'une façon plus "juste" dans sa vie. Ce qui ne peut que rejaillir favorablement au niveau professionnel. Par ailleurs, un graphologue peut être utile en pressentant qu'un candidat se fourvoie dans une voie qui ne lui convient pas; il peut alors l'amener à en prendre conscience, quitte à se réorienter. Le risque d'échec est alors évité.
De quelle manière se déroule une analyse graphologique?
La femme de communication que je suis préfère rencontrer de vive voix les candidats pour les raisons suivantes: le contact que nous créons et la parole que nous instaurons me paraissent plus libres, riches et nuancés que la simple rédaction d'un écrit; l'apport de la morphopsychologie complète celui de la graphologie. Il permet, si la personne le souhaite, de mieux comprendre comment disposer de ses ressources fondamentales et mettre en lumière des possibilités de progression. Voici quelques pistes que propose l'observation attentive et respectueuse d'un visage relié à sa globalité corporelle:
- mieux disposer de ses ressources fondamentales: apprendre, ainsi, à gérer efficacement son énergie, donc ne pas la dilapider ou la concentrer trop en tension;
- mettre en lumière des possibilités de progression avec, par exemple, la réflexion suivante:
Suis-je une personne très réceptive? Sociable, ouverte et adaptée au monde extérieur, je peux manquer de vigilance et me laisser envahir par trop d'influences. Il me serait utile d'apprendre à structurer ma réceptivité.
Ou bien suis-je une personne particulièrement sensible? Sélective, prudente et attentive à mon monde intérieur, je peux manquer d'adaptation spontanée au mouvement de la vie. Il me serait utile d'apprendre à assouplir ma structure.
Le dialogue graphologie/morphopsychologie contribue, me semble t-il, à aider le consultant à mieux se comprendre, dans une dynamique d'évolution.
Écrire est un acte simple de tous les jours. Mais pour certains, chaque jour, ce n'est pas simple. Quel est votre apport en tant que graphothérapeute?
La graphothérapie s'adresse à des enfants, des adolescents, des adultes qui, peu à l'aise avec leur graphisme, écrivent lentement et avec effort. Des douleurs apparaissent sous forme de tension, crampe ou raideur au niveau de la main et du bras; l'écriture crispée et désordonnée perd en lisibilité, ce qui peut entraver l'individu dans ses études ou son métier. J'ai ainsi rencontré plusieurs personnes de bon niveau qui ont échoué à des concours administratifs pour les raisons que vous devinez aisément... Ecrire est, en fait, un acte impliquant, intime qui signe notre identité. Ses enjeux sont primordiaux. Ne dit-on d'ailleurs pas que les écrits demeurent? La graphothérapie s'étaye sur un travail de relaxation spécifique du geste graphique en difficulté et prend en compte l'engagement du corps dans l'acte de tracer. Peu à peu, la personne se sentira plus "confortable" en écrivant: son écriture s'améliore en tant qu'instrument et outil de communication. Sa relation aux autres pourra gagner en souplesse, à l'image de l'écriture qui n'est plus entravée par une gestion du tonus inégale. Permettez-moi donc de vous poser une question: Aimez-vous votre écriture? Acceptez-vous de la montrer ou dites-vous: "j'ai honte, je ne m'y reconnais pas". La racine grecque "graphein" des mots graphisme, graphologie, graphothérapie signifie "empreinte". L'écriture, cette "parole peinte" ne serait-elle pas ainsi une empreinte de nous-mêmes offerte à de multiples regards? Oui, on peut le comprendre, l'enjeu est de taille! Oui, écrire n'est donc pas un acte a priori facile!
Avez-vous détecté des différences de style de graphie selon les professions?
Oui, j'ai remarqué qu'il existe certaines écritures type de commerciaux (graphisme vivant, animé, voire chahuté), d'hôtesses (graphisme arrondi, clair, conventionnel parfois), de... graphologues (graphisme dépouillé). Quant aux assistantes de direction, leur écriture souvent claire, bien présentée est agréable à lire. La dimension des lettres raisonnable et leur forme assez structurée peuvent laisser pressentir des personnes soucieuses de répondre à ce qu'on attend d'elles, qui s'adaptent de façon délibérée à un cadre de travail et savent en accepter les contraintes. Nombre d'entre elles me paraissent avoir une écriture plutôt "sage", dotée de signes de discrétion. Une des fonctions de toute bonne secrétaire n'est-elle d'ailleurs pas de "taire les secrets"? Mais attention, tous les cas de figure sont possibles; une excellente attachée de direction pourra ne pas reconnaître son écriture dans la description que je viens d'en faire, et c'est tant mieux!
À l'issue d'une analyse graphologique, on peut légitimement avoir la tentation de gommer dans son écriture les éléments qui semblent négatifs....
Surtout pas! Et de toute façon un graphologue le verrait rapidement. Par contre, si une personne décide d'apprendre à mieux se détendre (avec de la relaxation, par exemple) à développer la confiance en elle et en la vie (avec le déconditionnement envers des croyances limitantes que propose une psychothérapie) son écriture pourra évoluer au fil des mois, d'une façon subtile, fluide et fine. Mais réelle.
Qu'en est-il de la déontologie et de la réglementation de votre profession ?
Les deux formations me paraissant les plus rigoureuses sont celles proposées par la SFDG (Société Française De Graphologie) et le GGCF (Groupement des Graphologues Conseil de France). Une exigence de qualité est en effet primordiale lorsque l'on se destine à cette profession où la dimension humaine et la notion de responsabilité sont capitales. Les graphologues qui exercent dans le cadre d'un cabinet ou d'une profession libérale sont tenus de prendre une assurance si un litige ou une difficulté intervient avec une personne. Le graphologue est tenu au secret professionnel. En aucun cas il ne transmettra une analyse à une tierce personne sans l'accord du scripteur. Outre ses compétences et son expérience, il est humble et respectueux de ses consultants. Il sait que son métier (comme tout outil d'accompagnement) ne permet pas de tout percevoir (ainsi l'âge et le sexe du scripteur). Que ce soit pour un éclairage personnel ou professionnel, il connaît ses limites et ne dépasse pas ses prérogatives (il n'est ni médecin ni psychanalyste). Tout bon graphologue pourrait en fait s'attribuer les deux devises suivantes: "Primum non nocere" (d'abord ne pas nuire) et "Comprendre pour ne pas juger".
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