Si le bilan carbone est aujourd'hui une démarche volontaire, ce référentiel de comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre (GES) créé en 2004 pourrait devenir obligatoire à partir de 2011 pour les entreprises de plus de 500 personnes, les administrations de plus de 250 personnes et les collectivités territoriales de plus de 50 000 personnes. C'est en tout cas ce que prévoit le projet de loi Grenelle II qui devrait être soumis au vote parlementaire au cours du mois de mars prochain. En attendant, le bilan carbone séduit de plus en plus de sociétés et d'organismes. Près de 2000 entreprises, administrations et collectivités se sont engagées dans cette démarche en partenariat avec l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), les entreprises représentant 95% des commanditaires. La tendance s'affirme au fil des année : de 220 bilans en 2007, le chiffre s'est envolé à 1200 en 2008 et l'Ademe prévoit d'ores et déjà une nouvelle hausse en 2009.
Un bilan très révélateur
Mais quel intérêt peut conduire les entreprises à s'engager dans cette démarche chronophage et coûteuse? Pour la société de fabrication de meubles Gautier, déjà certifiée ISO 9001 depuis 1994, puis ISO 14001 en 2006 pour un de ses deux sites industriels et enfin OHSAS 18001 (santé et sécurité au travail) en 2007, elle s'inscrivait dans une logique environnementale globale: "En 2005, il n'était pas question de réglementation pour des entreprises de notre taille et de notre secteur d'activités ; il s'agissait donc d'une démarche volontaire, même si à titre prospectif, nous avions identifié que ce sujet risquait de venir un jour sur le terrain réglementaire", témoigne Pierre-Emmanuel Berthault, responsable QSE (Qualité-Sécurité-Environnement) de la société. Même son de cloche chez Alter Eco, qui commercialise des produits issus du commerce équitable: "Les petits producteurs sont les premiers défenseurs de l'environnement, et ce sont eux qui nous ont sensibilisés les premiers à ce sujet. De nombreuses fois au cours de nos visites au sein des coopératives partenaires d'Alter Eco, nous avons eu la preuve que commerce équitable et préservation de l'environnement vont de pair", décrit Nicolas Mounard, le fondateur de la société.
Même si la plupart des entreprises engagées ont lancé des actions en faveur de la réduction des gaz à effet de serre depuis de nombreuses années, les résultats de leurs bilans carbone ont révélé d'importantes pistes de progrès. Ainsi, pour Alter Eco, pour l'année 2008, les émissions s'élèvent à environ 4000 tonnes de CO2, dont 1/3 liées aux emballages et 1/3 au transport des marchandises en France. Pour le fournituriste JM Bruneau, si, sans grande surprise, les transports représentent 40% des 26 000 tonnes émises chaque année, les déplacements des 800 salariés de son siège social totalisent à eux seuls 10% des GES.
Implication forte des salariés
Après le bilan, l'heure est maintenant aux initiatives pour réduire les gaz à effet de serre émis. Pour réduire les émissions dues aux déplacements de ses employés, JM Bruneau souhaite développer le covoiturage et inciter les employés à utiliser des vélos pendant leur pause-déjeuner. Par ailleurs, de nouveaux panneaux solaires vont être installés et les éclairages gourmands (type halogènes ou ampoules classiques) seront remplacés par des ampoules basse consommation. Et après avoir optimisé les tournées des livreurs depuis 2005, l'entreprise va maintenant sensibiliser les chauffeurs à l'éco-conduite afin de réduire leur consommation de carburant. Par ailleurs, le fournituriste cherche à impliquer fortement les salariés de JM Bruneau aux économies: ils touchent ainsi un intéressement en récompense. Par ailleurs, la société est également sensible aux bonnes pratiques de ses fournisseurs : ainsi, 20% d'entre eux sont certifiés ISO 14001.
Du côté d'Alter Eco, un effort particulier est mené via une mesure compensation carbone: "Cette action est envisagée comme un complément à l'effort premier de réduction et de sensibilisation. Nous avons choisi pour cela de soutenir un projet de reforestation dans une de nos coopératives partenaires au Pérou. Cette activité a l'avantage de permettre une transformation naturelle du carbone en oxygène, mais aussi de préserver la biodiversité et de favoriser la souveraineté alimentaire des producteurs", justifie Nicolas Mounard. L'entreprise a également développé une charte appelée "Pur Projet" (1) détaillant un certain nombre d'actions simples pour réduire ses émissions de GES (éviter d'imprimer ses emails, éteindre son ordinateur pendant les réunions, etc.). Si les salariés d'Alter Eco suivent ces principes de bon sens au quotidien, l'entreprise invite également les particuliers à prendre en compte ces enseignements en signant la charte.
Un impact en termes de marketing et d'image
Contrairement à une idée reçue, réduire l'impact environnemental de ses process industriels, déplacements, etc. n'est pas nécessairement plus coûteux: "Le plus souvent, la démarche engagée représente un gain au niveau de la réduction des émissions de gaz à effet de serre mais aussi une économie financière. Et s'il n'y a pas d'avantage financier, nous arbitrons. Il faut trouver un équilibre entre l'objectif économique et la réduction du CO2. Mais nous pouvons transgresser ce modèle si le symbole est fort. Par exemple, le papier certifié PEFC(2) que nous commercialisons et utilisons revient plus cher à l'achat et est plus difficile à provisionner. Nous n'avons de retour qu'en terme d'image", détaille Alain Cheille, directeur clientèle et qualité chez JM Bruneau. L'équation ne sera pas toujours vraie: seuls les premiers bénéficieront de ce bénéfice en terme d'image. Car si le bilan carbone devenait effectivement obligatoire en 2011, il deviendrait bien difficile d'en faire un argument marketing sans avoir été précurseur en la matière!
(1) www.purprojet.com
(2) Cette marque de certification vise à contribuer à la gestion durable des forêts. Il garantit que les produits détenteurs de cet écolabel sont constitués d'au moins 70% de bois issu de forêts répondant pour leurs gestions aux recommandations des entités nationales et régionales de PEFC.