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© Istockphoto.com/Max Delson Martins Santos

Les TMS: nouveau fléau des entreprises occidentales

Vous avez mal au dos en quittant votre travail? Votre poignet est douloureux en fin de journée? Ce sont peut-être les symptômes de troubles musculo-squelettiques (TMS). Souvent générées par de mauvaises habitudes de travail, ces douleurs peuvent vite se révéler pénibles au quotidien.

Charline Coeuillas | Super-Secretaire | Publié le 16/06/2009

Un écran trop haut, un siège trop bas, un clavier mal ajusté... Des détails a priori anodins mais qui peuvent pourtant déclencher l'apparition de troubles musculo-squelettiques. Toutes professions confondues, les TMS regroupent une quinzaine d'affectations des membres supérieurs ou inférieurs et de la colonne vertébrale. Cette appellation désigne généralement les douleurs que subissent certains salariés. Le phénomène est grandissant. Depuis 10 ans en France, les TMS ont augmenté de 20% par an pour aujourd'hui représenter plus de 70% des maladies professionnelles reconnues. Ils sont même la première cause d'arrêt de travail chez les moins de 45 ans*.

 

Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, les TMS ne concernent pas uniquement les emplois physiquement pénibles mais aussi ceux qui s'exercent dans un bureau. Le stress, une activité répétitive et une position statique sont des éléments déclencheurs et aggravateurs de TMS. Il n'est aujourd'hui pas rare de passer 8h par jour devant son ordinateur, notamment dans la fonction publique. Chez les fonctionnaires, 85% des maladies professionnelles reconnues sont des TMS.

 

Des conséquences non négligeables

La douleur est le seul symptôme des TMS. Elle peut être constante ou surgir de façon inopinée pendant que le salarié travaille. Malgré tout, ces troubles ne sont pas toujours pris immédiatement au sérieux. Les tendinites par exemple, ne déclenchent la douleur qu'à "froid": elle disparaît ainsi après échauffement alors que la tendinite continue de se développer. Cette pathologie affecte non seulement le travail de la personne (efforts plus difficiles à fournir, difficultés à exécuter des gestes répétés) mais aussi la vie quotidienne. Se coiffer, porter une bouteille ou tourner la tête sont autant de gestes banals rendus presque impossibles par les TMS.

 

Dans ces conditions, la gêne est non seulement physique, mais aussi morale comme l'explique Jean-Jacques, cadre dans une entreprise automobile: "J'ai des tendinites du coude et de l'épaule. Elles sont une gêne pour tenir un téléphone, utiliser un clavier et surtout utiliser une souris. Conduire peut aussi être douloureux..." Mais la douleur peut se faire plus violente lors de gestes professionnels a priori anodins. "L'un des pires est la traditionnelle poignée de main franche de vigueur entre cadres!" Plus qu'une gêne physique, les TMS peuvent aussi affecter le moral: on se sent plus faible, plus vieux. A 47 ans, exposer sa douleur n'est pas toujours facile: "Ca va de la conversation amicale ("Au fait comment va ton bras?") à des signes plus visibles: coudière, poche de glace en remplacement d'une dose d'antalgiques, grimace mal dissimulée. Aborder une négociation difficile alors qu'on est à moitié sur le flan est parfois une réelle source de stress. Et je ne parle même pas des effets de certains médicaments!"

 

Non seulement les TMS sont une cause du mal-être des employés mais ils ont également un coût pour les entreprises. En 2007, 34 200 maladies professionnelles ont été indemnisées pour un montant de 736 millions d'euros, soit l'équivalent de 7,4 millions de journées de travail, entièrement couverts par les cotisations des entreprises. Mais les frais d'indemnisation ne sont pas les seuls coûts générés par les TMS. Les employeurs doivent aussi assumer les frais de remplacement et d'aménagement des postes de travail. Indirectement, la productivité de l'entreprise est aussi affectée par l'absentéisme et l'éventuelle perte en qualité ou rapidité de travail.

 

Les solutions: du siège-ballon...

Malgré tout, ces troubles restent méconnus et peu de sociétés mettent en place des mesures pour lutter contre ce fléau. Pourtant, de plus en plus de solutions sont proposées aux salariés et à leurs employeurs. Il est ainsi possible de prévenir les douleurs en adoptant des réflexes simples:

régler son écran à la hauteur des yeux,

garder les épaules bien alignées,

bénéficier d'un reposoir pour les poignets,

avoir les genoux à peine plus bas que les hanches,

s'appuyer les pieds au sol ou sur un repose-pieds,

régler la hauteur de son siège par rapport à celle de son bureau (il ne faut pas lever les bras pour atteindre son clavier),

faire une pause toutes les heures.

Ces changements sont minimes et peuvent améliorer visiblement les conditions de travail. Sans toutefois être un remède miracle, ces quelques gestes permettent de ne pas aggraver les TMS déjà subis.

 

Pour ceux qui souhaiteraient aller plus loin, certaines sociétés de vente de matériel de bureau ont développé des équipements ergonomiques. Dans ce domaine, attention à ne pas se laisser piéger par la longue liste de produits proposés. Parmi les plus plébiscités: la souris et le clavier ergonomiques. Le poignet étant la partie du corps la plus touchée par les tendinites, avoir un clavier adapté (touches plus larges et séparées) et une souris plus confortable peuvent être une solution. Autre élément de poids: les repose-poignets pour souris et claviers et le support d'ordinateur portable (l'écran devant être à hauteur des yeux pour ne pas se fatiguer la vue). Dans une fourchette de prix supérieure, sont proposés des sièges de bureaux ergonomiques: ceux-ci sont adaptables, réglables et disposent d'un repose-pieds (comptez environ 200 euros pour un siège de ce type). Des bureaux mieux conçus peuvent aussi éviter des maux de dos ou des douleurs au bras grâce à la possibilité de régler leur hauteur. Enfin, pour ceux qui ont le sens de l'équilibre, le siège-ballon peut être l'idéal. Semblable au gros ballon des cours de fitness, celui-ci est tout de même agrémenté d'un dossier. Son assise est confortable mais ne tolère pas de mauvaise position. C'est bien connu, le ridicule ne tue pas...

 

... au logiciel préventif...

Le mobilier ne fait cependant pas tout si les salariés ne prennent pas le temps de faire des pauses. L'entreprise Ergograf a donc conçu le logiciel Préventix. Celui-ci aménage vos pauses en vous proposant toutes les heures une série d'exercices à effectuer au bureau, si possible au son de l'ambiance champêtre proposée. Impossible de se libérer? Marie Savary, du bureau Ergograf, décrit: "Les mouvements sont ciblés pour être simples et rapides à effectuer puisque la série ne dure que 5 minutes au total. On peut aussi choisir de ne cibler que les yeux par exemple et ne suivre que cette série d'exercices dans la journée." On pourrait croire que les entreprises rechignent à aménager des pauses à leurs employés et pourtant, le logiciel se vend aussi bien aux particuliers qu'à de grosses entreprises comme Renauld Trucks. L'initiative a été saluée et pour cause: la médecine du travail préconise des pauses actives toutes les heures pour prévenir l'arrivée de troubles musculo-squelettiques.

 

... en passant par la chiropratique!



Mais lorsque le mal est déjà fait, modifier ses habitudes suffit plus. Il faut alors guérir ce qui n'a pu être prévenu. Dans ce domaine, la chiropratique est une méthode qui fait ses preuves.

 

Partenaire de l'OMS et première discipline de santé manuelle au monde, cette médecine reste cependant peu connue. Les docteurs en chiropratique peuvent soigner un grand nombre d'affectations par des ajustements de la colonne vertébrale. Les troubles musculo-squelettiques touchant particulièrement les articulations et la colonne vertébrale, la chiropratique y apporte une réponse d'autant plus efficace. Celle-ci traite également le stress, souvent source de sciatiques ou de tensions au niveau des cervicales. "Cela passe par des ajustements très précis, très doux. On travaille toujours avec des radiographies pour cibler le problème de façon précise", explique Caroline Lambert, chiropraticienne et porte-parole de l'Association française de chiropratique.

 

Les professionnels de cette discipline connaissent parfaitement le problème des TMS: "Ceux qui travaillent dans un bureau ont souvent des conditions dites stressantes (rapport avec l'autorité, délais à tenir) et ils sont assis toute la journée. Le rôle de la chiropratique est alors de déceler et de corriger les tensions." Avec la médiatisation croissante des TMS, la chiropratique, jusqu'alors méconnue en France, se fait de plus en plus remarquer. "Nous ciblons aujourd'hui notre communication sur les problèmes professionnels parce que, dans nos cabinets, c'est ce que nous voyons toute la journée!" Pour Caroline Lambert, l'intérêt est en partie économique: "Pour certains TMS, le traitement chiropratique revient jusqu'à 9 fois moins chers qu'un traitement plus ordinaire. Il réduit à 6 jours des arrêts de travail qui sont de 25 jours pour un médecin généraliste."

 

La chiropratique pourrait donc remplacer un rendez-vous chez le médecin généraliste? Pas tout à fait. "C'est quelque chose de complémentaire. Nous allons davantage traiter la cause du problème et jouer un rôle de prévention. Le médecin prescrit des médicaments pour soulager. Si la douleur est trop forte, la chiropratique se fait en complément d'un traitement médicamenteux."

Au delà d'un simple rétablissement, la chiropratique se veut garante d'une prise de conscience et d'une responsabilisation du patient. "Il ne s'agit pas juste d'ajuster et de guérir, précise Caroline Lambert, nous demandons aux patients comment ils travaillent. C'est fou le nombre de gens qui sont toute la journée sur un portable, alors que ça ne devrait être que temporaire, et qui se retrouvent voutés, tête en avant, comme une tortue." Et ce n'est qu'un exemple... Les chiropraticiens donnent également des conseils en matière de nutrition, de renforcement musculaire... Jusqu'à proposer un sport adapté au problème. "Il y a une véritable notion de prise en charge du patient", conclut la chiropraticienne. Ainsi, dans le cas des troubles musculo-squelettiques en entreprise, où les arrêts de travail prolongés peuvent être un réel problème, la chiropratique est peut-être une des solutions les plus efficaces. Cependant, rien ne remplace la prévention car, si l'on connait les risques de TMS, ceux-ci peuvent facilement être évités. Comme souvent, il vaut mieux prévenir que guérir...

 

* Source: les chiffres communiqués dans cet article proviennent des statistiques de la Caisse nationale de l'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS).

 

 

 


A qui s'adresser?

Pour les entreprises qui souhaitent s'impliquer davantage encore dans la prévention des TMS, il convient de s'adresser à des organismes officiels qui sauront aider et conseiller en matière d'ergonomie et d'amélioration des conditions de travail.

L'ANACT (Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail) et ses dépendances régionales (ARACT): elle subventionne les projets d'amélioration des conditions de travail dans les entreprises de moins de 250 salariés. Son Fond d'Amélioration des Conditions de Travail (FACT) finance à hauteur de 1000 euros/jour l'étude réalisée par un consultant spécialisé en médecine du travail (15 jours maximum) et participe à 50% des dépenses engagées par le demandeur.

La CRAM (Caisse régionale d'Assurance Maladie): sous certaines conditions, les entreprises peuvent bénéficier d'aides financières sous la forme de contrats de prévention aux TMS.

 

 

Le gouvernement s'en mêle...

 

Des bouches qui crient de douleurs: c'est ainsi que le gouvernement représente les TMS sur le lieu de travail. Loin de satisfaire les concernés, ces spots publicitaires ont été décrié tant sur leur fond que sur leur forme. Pour beaucoup, les images sont repoussantes et mettent mal à l'aise, faisant oublier le message qu'elles véhiculent. Autre reproche: le manque d'information à la fin de la vidéo qui invite les personnes atteintes à en parler... sans préciser à quels interlocuteurs. Ces informations n'apparaissent en effet que sur les affiches de presse. On peut cependant nuancer ces critiques en avançant l'idée que ces spots publicitaires ont avant tout pour but d'interpeller et de pousser les téléspectateurs à se renseigner.

Pour en savoir plus

 Le site de l'Association française de chiropratique: www.chiropratique.org

Le site du gouvernement sur les TMS: www.travailler-mieux.gouv.fr (rubrique TMS)

 

 

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