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Bien dans sa boîte
Dans un contexte de compétition acharnée, nombre d'entreprises mettent en avant un système de valeurs pour attirer et motiver leurs collaborateurs. Des codes et règles qu'il convient de connaître pour évoluer dans son métier.
LD | Office Mag | Publié le 09/01/2012
Entrés dans une zone de turbulence il y a dix ans, les villages du Club Med ont depuis redressé la barre. Les «Gentils Organisateurs» et les «Gentils Employés» sont certes toujours aux commandes. Mais ils sont désormais dévoués à la réussite d'une entreprise «multiculturelle et conviviale» qui propose aux vacanciers de mettre «le cap sur l'incomparable.» Ne voyez pas dans ce langage de simples arguments marketing destinés à attirer le client volage... Ce message s'adresse également aux salariés, appelés à porter haut et fort, et dans leurs gestes quotidiens, cet ensemble de valeurs appelées «esprit corporate.»
«Cette notion, propre aux grandes entreprises, a pour objectif de souder l'ensemble des collaborateurs autour d'objectifs dans lesquels ils vont pouvoir se reconnaître. Dans les PME, cela se traduit encore majoritairement par des formes de paternalisme, explique Pierre-Yves Sanséau, professeur à Grenoble École de management. Pour les employeurs, il s'agit également de montrer en quoi ils sont uniques et de favoriser le sentiment d'appartenance à une grande famille.» Et comme chaque grande famille, les entreprises ont développé un rituel, ponctué d'événements rassembleurs : l'arbre de Noël, la galette des rois... Ces sociétés communient aussi autour des grands ancêtres, de personnages charismatiques- Lindsay Owen-Jones pour L'Oréal - ou des mythes fondateurs comme le «garage» où sont nés de nombreux fleurons de la nouvelle économie, à l'image de Google et de Dell.
Adopter un nouveau style de management
«À ces valeurs et ces symboles sont souvent associés des types de management», précise Edwige Etchegaray, consultante indépendante en ressources humaines. L'esprit «Silicon Valley» a sans conteste marqué toute une génération de jeunes entrepreneurs. On y assiste au culte de l'imagination, de la décontraction : bureaux ouverts, tutoiement obligatoire... Les mêmes représentations ont également façonné durablement l'image du secteur de la publicité. À l'inverse, dans l'industrie, on n'imagine pas ce type de relations : sérieux, rigueur et sens de l'organisation règnent souvent d'une manière incontestée.
Des premières impressions à nuancer : au fur et à mesure qu'elles se développement, les petites structures innovantes découvrent les vertus de l'organisation. Les managers des entreprises pyramidales s'efforcent quant à eux d'introduire un zeste de convivialité. Le travail en équipe autour de projets mobilisateurs a ainsi le vent en poupe. D'autre part, ces modes de management varient selon les latitudes. Pierre, cadre informatique dans une grande entreprise de l'assurance, en a fait l'expérience : habitué à papoter avec ses collègues autour de la machine à café à Paris, il a appris à siroter, solitaire, son petit noir dans son bureau à New York...
Apprendre à déchiffrer
Comprendre cet ensemble de codes et de règles est devenu indispensable pour évoluer sans encombre. De nombreuses sociétés facilitent grandement la tâche de leurs salariés, en distribuant aux nouvelles recrues un «guide du collaborateur». D'autres pratiquent les séminaires d'intégration qui visent les mêmes objectifs : ils y acquièrent des modes de représentation, un langage, une attitude qui les guidera dans leurs premières découvertes. «Et puis, il y a surtout tout ce qui n'est pas écrit mais qu'il faut savoir repérer, en discutant et observant les autres. Ce sont ces petits gestes comme le fait d'aller déjeuner avec ses collègues ou de prendre un verre avec eux le vendredi soir, avant le départ en week-end», ajoute Edwige Etchegaray.
Cet «esprit corporate» peut être plus au moins pesant : un salarié optera pour un jean dans une start-up quand il préférera revêtir un costume trois pièces pour s'assurer les bonnes grâces de ses supérieurs dans l'univers de la finance. Quelques employeurs vont toutefois plus loin : «Chez Décathlon, par exemple, pour être bien vu, les salariés doivent participer à des activités sportives organisées par l'entreprise en dehors de leurs horaires de travail», prévient Pierre-Yves Sanséau. Mieux vaut donc savoir si on est prêt à jouer le jeu avant de frapper à la porte...
Sortir du lot
Reste que dans la plupart des sociétés, le respect de règles minimales est suffisant pour tirer son épingle du jeu. D'autant que les bons petits soldats ont appris à se méfier de comportements trop aveugles. Les restructurations chez Hewlett Packard ont ainsi laissé un goût amer aux ingénieurs qui avaient cru aux valeurs de solidarité mises en avant par les dirigeants. Tout aussi difficile est parfois le retour sur terre de col
laborateurs, qui se fondant dans le moule, se voient refuser une promotion : l'entreprise a préféré un autre candidat qui avait su se faire remarquer. Cela peut aller de la petite touche de couleur apportée à un tailleur gris à la capacité à affirmer sa personnalité, tel Pascal, commercial dans une entreprise agroalimentaire. Après quatre années au même poste, il n'a pas hésité à demander un congé sabbatique pour faire un tour du monde. À son retour, six mois plus tard, il se voit proposer une promotion : il devient directeur régional des ventes à Marseille. Son départ avait été perçu comme révélateur d'un esprit entreprenant. «Il faut savoir doser la touche d'originalité que l'on peut se permettre, souligne Edwige Etchegaray. Il ne s'agit pas de s'opposer mais de trouver le petit plus qui vous fera sortir du lot.» Avis aux intéressés...
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