Services à la personne, commerce équitable, réinsertion sociale... L'économie sociale et solidaire désigne un ensemble d'initiatives économiques à finalité sociale, qui participent à la construction d'une nouvelle façon de vivre et de penser l'économie à travers des dizaines de milliers de projets dans les pays du Nord comme du Sud. Assistante de direction, comptable, chefs de produit ou directeur marketing: les métiers sont a priori les mêmes que dans n'importe quelle entreprise. Mais la personne humaine occupe une place centrale...
Autonomie et cohésion
Max Havelaar, 25 salariés, incarne parfaitement l'économie sociale et solidaire. Cette structure a le statut d'association depuis sa fondation en 1988, mais ressemble davantage à une entreprise. Son activité: en garantissant que les producteurs du Sud vivent de leur travail et respectent l'environnement, l'association labellise les produits équitables, qui, à leur tour, lui rapportent des royalties.
Chef de produit coton chez Max Havelaar, Clémence Peter, a d'abord fait ses armes au Bon Marché (LVMH). "En terme de tâches, mon travail ne change pas. Je gère un portefeuille de 50 marques détentrices de la licence. La différence: dans un grand groupe, les projets sont très cadrés et validés par le top management ; dans une structure comme Max Havelaar, de type TPE, il s'agit plus d'un management participatif. Chacun est force de proposition: il est plus facile d'appliquer une idée. On est plus flexibles, plus polyvalents. Je travaille en binôme avec la responsable des marchés non alimentaires (coton-cosmétique). Il y a une forte cohésion dans l'équipe: 25 salariés qui partagent les mêmes valeurs et s'entendent parfaitement, c'est plutôt exceptionnel! Il y a cependant une hiérarchie, un espace de rencontres, des réunions hebdomadaires, des points réguliers et du reporting au directeur marketing, qui chapeaute tous les marchés. Il a une vision globale et nous laisse une grande autonomie sur nos marchés respectifs", explique la jeune femme.
Par rapport à son niveau d'études (Bac +5), Clémence Peter a dû sacrifier son salaire. "Le salaire moyen tourne autour de 2 000-2 500 euros chez nous", reconnaît Médard Nguyen Van Ty, directeur administratif et financier. Peu importe. "On n'arrive pas chez Max Havelaar par hasard", confie Clémence Peter, passionnée par son métier. "Quand je rentre d'une mission de 10 jours chez les producteurs de coton équitable au Mali, je suis motivée à bloc. Je ne compte pas mes heures!"
Des valeurs motivantes
Autre secteur, autre structure: Juliette Jarry, 26 ans, a créé Adéa Présence, une entreprise de services à la personne (SAP). Après des stages dans une mission économique et un consulat, cette diplômée de Sciences Po se destinait plutôt aux concours de la fonction publique. Mais la maladie d'Alzheimer de sa grand-mère l'a sensibilisée à la nécessité du maintien à domicile des personnes dépendantes. Un an et demi plus tard, Adéa Présence compte trois administrateurs (dont un à temps plein) et 25 intervenants à domicile: en majorité des étudiants en médecine, psychologie, école d'infirmière ou kinésithérapie, qui travaillent à temps partiel choisi. "Pour des futurs professionnels de la santé, c'est une expérience qui fait sens. On ne vend pas des frigos! L'humain est au centre de notre métier", indique Juliette Jarry.
Comme elle, de plus en plus de jeunes diplômés s'engagent dans l'économie sociale et solidaire. C'est le choix de Nicolas Messio, 26 ans, gérant de l'entreprise de commerce équitable Alter Mundi, lancée fin 2003. "Il y a 3-4 ans, mon projet paraissait atypique. Aujourd'hui, la majorité des nouveaux acteurs de l'économie solidaire ont des diplômes". Économie sociale et solidaire contre économie traditionnelle, pour Nicolas, la différence est là: "Quand on vend de la mode, de la décoration et des cosmétiques, on est en concurrence avec les enseignes de distribution traditionnelles, mais contrairement à elles, on ne fait pas de chiffre pour faire du chiffre. Notre premier objectif est de viabiliser la structure économique. Ensuite, les bénéfices vont au service d'un projet social et environnemental. Notre entreprise, conventionnée "entreprise d'insertion" repose sur des valeurs de solidarité", explique-t-il. Sur les six salariés d'Alter Mundi, quatre sont en CDDI (contrat à durée déterminée d'insertion): "il s'agit de chômeurs longue durée, de personnes non qualifiées, qui sortent de prison ou souffrent de pathologies lourdes, invalidantes... Ils bénéficient d'une formation, et au bout de 24 mois, de l'expérience nécessaire pour trouver un emploi ailleurs".
Professionnalisation du secteur
L'économie sociale et solidaire: un secteur porteur? Pour Nicolas Messio, oui! "La demande commence à être au rendez-vous. C'est une tendance de fond. Les citoyens se sentent de plus en plus impliqués. Les consommateurs prennent conscience qu'on ne peut pas vendre un T-shirt 3 euros sans qu'il y ait un problème derrière, explique-t-il. Par ailleurs, le secteur se professionnalise et s'organise. On utilise les mêmes outils marketing que les entreprises traditionnelles"... les valeurs sociales et environnementales en plus.
La quête de ces valeurs provoque parfois un changement de vie radical. Alex Jost, directeur R&D au Groupe SOS, groupement de l'économie sociale et solidaire (140 structures, 2 000 salariés, 120 000 millions d'euros de budget annuel) a travaillé sept ans dans un cabinet de conseil, "12 heures par jour, six jours sur sept", avant de changer de vie. "Aujourd'hui mon rythme est plus calme, même si je travaille dur. Je me lève avec l'envie d'aller travailler pour cette cause humaine et sociale. C'était sympa de travailler à l'optimisation de la production de pièces automobiles, mais ça ne me faisait pas vibrer... Aujourd'hui, je mets mes compétences au service d'un secteur où elles manquent encore parfois. J'apporte ma pierre à l'édifice", se réjouit-il. "Et même dans le monde associatif, on peut se fixer des objectifs chiffrés à atteindre : ouvrir tant de structures d'accueil, par exemple. Dans le privé, l'objectif portera plutôt sur le chiffre d'affaires... Notre finalité, elle, est sociale".
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