Vous n'êtes pas régulièrement invité aux dîners du Siècle qui réunissent le Tout-Paris économique, politique et médiatique? Vous n'êtes pas membre de l'Automobile Club de France ou trésorier de l'association des anciens d'HEC? Comme 99% de la population française, il y a peu de chances pour que vous fassiez partie de ces clubs, ces lieux et ces réunions où l'élite "réseaute". Pour autant avoir un réseau, le cultiver et le développer n'est pas l'apanage de certains milieux, c'est au contraire l'affaire de tous.
Je "réseaute" sans le savoir
À moins de mener une existence de moine anachorète, chaque individu a un réseau. Parfois sans le savoir tel le M. Jourdain de Molière, chacun réseaute quotidiennement auprès de ses proches, sa famille, ses amis, sur son lieu de travail avec ses collègues, ses clients, au sein d'une activité extraprofessionnelle, avec les autres abonnés du club de sport, etc. Voilà ce qu'est le réseau, une toile d'araignée qui part de soi-même, qui se bâtit successivement par couches concentriques et nous relie avec les autres par des liens forts ou faibles.
Oser demander à son réseau
Cultiver son réseau nécessite un état d'esprit. "Il faut avoir un minimum d'ouverture, de la curiosité, savoir donner mais aussi demander, ce à quoi notre éducation ne nous a pas toujours préparé", observe Hervé Bommelaer, consultant en placement de dirigeant, auteur de l'ouvrage Booster votre carrière grâce au réseau: "Dans notre éducation judéo-chrétienne, nous avons ce que nous méritons, on nous apprend à ne pas demander car c'est malpoli". Or, le réseau est efficace lorsqu'il est gagnantgagnant: "Rachida Dati est montée là où elle est grâce au réseau. C'est l'exemple même de quelqu'un qui savait demander". Il faut également faire preuve de politesse, apprendre à se présenter, à parler de son métier. "Il y a des démarches minimales. Si vous êtes invités à un cocktail, il est important d'aborder son voisin, de s'obliger à discuter avec deux ou trois personnes et d'avoir toujours quelques cartes de visite sur soi", ajoute Christian Marcon, maître de conférences à Poitiers et co-auteur du livre Développer son réseau professionnel. Il faut en outre savoir ce qu'on veut tirer du réseau: monter dans la hiérarchie, trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, développer une expertise, apprendre à manager. Car entretenir son réseau est chronophage. Les discussions et les déjeuners prennent du temps. "On ne peut pas passer sa vie à élargir son réseau car ce serait dépenser beaucoup d'énergie en vain", insiste Hervé Bommelaer.
Eviter les "gros sabots"
Le financier escroc Bernard Madoff, qui a été au centre d'un scandale financier en début d'année, est à la fois l'exemple et le contre-exemple parfait du réseauteur. Voilà en effet un homme qui a construit toute son activité et l'ensemble de sa fortune sur la confiance qu'il inspirait à son réseau. Le jour où cette confiance a disparu, tout son empire s'est écroulé. Être fiable, digne de confiance, telles sont les lois qui fondent le contrat social du réseau. L'arrivisme forcené est également mal perçu. "La notion de partage et d'échange est fondamentale. Si vous allez [dans un réseau] juste pour échanger votre carte de visite et faire la tournée des popotes, votre démarche sera mal perçue et vous pourrez rapidement aller voir ailleurs", témoigne Wally Montay, co-auteur du Guide des clubs et réseaux féminins. Bref, évitez le réseau kleenex d'autant qu'entretenir ce type de relations peut être à double tranchant. "Il ne faut pas y aller en roulant des mécaniques. On peut se faire griller par son réseau. Ce n'est pas le monde de Oui-Oui", constate Christian Marcon. Attention également à ne pas forcer sa nature. "Il faut avoir la démarche d'aller vers les autres. Mais si, fondamentalement, vous n'aimez pas ça alors vous serez mal à l'aise et vos interlocuteurs le sentiront", ajoute Christian Marcon.
Les réseaux professionnels
Le réseau interne ou réseau d'entreprise
Il englobe toutes les personnes qui travaillent avec vous. S'il est évidemment utile de nouer des liens avec vos N+1 et N+2, il est contre-productif de ne regarder que vers le haut - le réseau dit "torticolis" - car les salariés titulaires d'un poste inférieur au vôtre peuvent également vous aider. Les assistantes l'ont bien compris. Elles connaissent tout le monde dans une entreprise et voient ainsi leur travail facilité en gagnant un temps fou dans leurs rapports au quotidien avec les autres salariés. "Elles simplifient les process dans des sociétés de moins en moins hiérarchiques", décrypte Hervé Bommelaer.
Le réseau sectoriel
Qu'il s'agisse d'un syndicat ou d'une association professionnelle locale comme l'ANDRH (Association nationale des directeurs de ressources humaines) pour les ressources humaines, DCF pour les commerciaux, la FFMAS (Fédération française des métiers de l'assistanat et du secrétariat) pour les assistantes et les secrétaires ou plus récemment les réseaux plus informels de télésecrétaires, le réseau sectoriel est essentiel. Vous pourrez y avoir une assez bonne idée sur ce qui se passe dans votre métier et ainsi développer votre expertise. Il s'avère également très utile pour les salariés désireux de changer d'entreprise.
Le réseau business
Terrain de jeu idéal du "networking", c'est le réseau qui doit faire progresser votre activité professionnelle. Au croisement de la notoriété et de l'image, auprès des clients et des confères, il fait économiser beaucoup de temps et d'énergie. Le "networker" n'a plus besoin de prospecter: "Quand on a besoin de quelqu'un dans un domaine, on fait appel à lui", résume Christian Marcon.
Le réseau club
Plus sélectif, plus replié sur lui-même, plus cher d'accès aussi parfois, il est réservé à une minorité. Là, c'est le réseau qui vient vous chercher.
Les réseaux sociaux sur Internet
Tout le monde a aujourd'hui entendu parler des réseaux sociaux sur Internet comme Facebook, probablement le plus célèbre, Viadeo, Viaduc ou encore Copains d'abord. "C'est l'alternative idéale pour les gens timides et ceux qui ne veulent pas parler... dans un premier temps", observe la journaliste Virginie Bertereau, auteur de l'ouvrage Développer son réseau professionnel. Si Facebook ou Copains d'avant ont une vocation plus généraliste et permettent de "retrouver" ses amis ou d'anciens camarades de classe, ils ont également permis la constitution de "groupes" de discussion et d'échanges d'informations sur les thématiques les plus variées et souvent ludiques. En revanche, Viadeo, Viaduc ou Linkedin sont des réseaux à visée professionnelle permettant d'avoir une visibilité sur Internet que l'on soit par exemple en recherche d'emploi ou de clients. À l'instar de Viadeo, qui a mis en place des hubs, ces réseaux ont créé des espaces communautaires permettant de débattre et d'échanger sur des thématiques professionnelles. Même si on n'en voit pas spécialement l'utilité, il faut y être.
Tout n'est pas réseau!
Enfin si l'importance du réseau est désormais admise, il ne faut pas non plus en faire une obsession et savoir garder de la distance, comme le souligne Christian Marcon: "Quand vous faites du sport avec des copains, vous faites du sport avec des copains. Point ! Il ne faut pas non plus commencer à regarder sa famille ou ses amis uniquement sous le prisme ‘réseau' sinon on devient marteau!"