Virginie mène une triple vie à Vannes dans le Morbihan. Le lundi et le jeudi, elle s'occupe de la partie administrative d'une TPE dans l'électronique. Le mardi et le vendredi, elle se consacre à la gestion administrative des chantiers pour un groupe du BTP. Le mercredi, elle se rend dans une association où elle prend en charge la comptabilité. Une belle polyvalence rendue possible par le groupement d'employeurs qui l'a embauchée: Virginie travaille à temps partagé. Un système, à l'heure où le taux de chômage est proche des 9 % en France, qui pourrait permettre de créer des centaines de milliers d'emplois! Les assistantes sont en première ligne des créations potentielles.
Un système gagnant/gagnant
Le principe est simple: toutes seules, bon nombre d'entreprises ne peuvent pas embaucher un "35 heures", car elles n'en ont ni les moyens ni le besoin. En revanche, regroupées, elles peuvent acquérir les compétences de salariés à temps complet et se les partager. De leur côté, les salariés rechignent souvent à signer un temps partiel, souvent insuffisant pour boucler les fins de mois et cherchent en priorité un emploi à temps complet. Cette initiative gagnant/gagnant permet ainsi de concilier les besoins de souplesse de l'entreprise tout en assurant une sécurité financière pour le salarié et en créant un nouvel espace pour la formation.
Le système semble plaire puisque 1 200 000 personnes sont employées à temps partagé actuellement en France (chiffre Eurostat). Parmi eux, on trouverait près de 210 000 cadres. La formule concerne en effet tous les types d'emplois (à l'exception de la fonction publique) et toutes les fonctions: de la direction générale au secrétariat, en passant par les ressources humaines. La mise en pratique est tout ce qu'il y a de plus simple: les contrats se découpent en demi-journée, journée ou en semaine et c'est au salarié de s'organiser entre ses différents employeurs.
Des entreprises qui sortent gagnantes
Toutes les entreprises, en particulier les PME, n'ont pas forcément besoin de réunir toutes les compétences à temps plein. Le travail à temps partagé permet par exemple d'embaucher deux cadres expérimentés dont l'entreprise n'a besoin qu'à mi-temps. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il n'y a pas que les petites entreprises qui trouvent avantage à employer à temps partagé. Les grosses sociétés s'y mettent aussi: "Elles ont recours au temps partagé pour un besoin ponctuel", déclare le patron de Ventoris Group, une des premières sociétés à exploiter le temps partagé. Pour les sociétés plus modestes, c'est une occasion d'obtenir des compétences dont elles ne disposent pas. Concrètement, les associations de travail à temps partagé mettent en place une équipe pluridisciplinaire, immédiatement opérationnelle et dont l'expérience s'est forgée dans les sociétés où ses membres ont travaillé.
Pour les entreprises, la formule se révèle économique puisque ne nécessite pas de frais de recrutement, n'impose qu'une période minimale d'adaptation et permet de bénéficier d'éventuelles aides à l'embauche de la part de l'ANPE ou de l'Etat. Côté salariés, les principaux avantages concernent les jeunes et les seniors. Pour les premiers, le travail à temps partagé est l'occasion de se forger une solide expérience et d'accéder plus facilement à l'emploi. Pour les seconds, elle représente une solution pour rester sur le marché de l'emploi: les entreprises engageant ponctuellement des cadres expérimentés.
Avis mitigés des salariés
Malgré tout, le travail à temps partagé peut également se révéler pénible. En témoigne Martine, qui a travaillé un an dans deux entreprises à la fois: "Je travaillais trois matinées par semaine chez WVD et tous les après-midis chez Bolton Solitaire. L'inconvénient? Tous les midis, je devais parcourir un trajet d'une heure pour me rendre dans la seconde société. J'aurais souhaité pouvoir travailler deux jours complets chez les uns puis deux jours chez les autres." Par ailleurs, les conventions collectives ne s'appliquent pas aux employés à temps partagé. Ceux-ci ne perçoivent pas non plus d'allocations chômage s'ils ne perdent qu'un de leurs emplois.
Une chose est pour le moins certaine: alors que la crise rend la recherche d'emplois à contrat durable plus difficile que jamais, le travail à temps partagé sera certainement amené à se développer.